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Aristide Cavaillé-Coll
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 Aristide Cavaillé Coll
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Réunion devant le Trocadéro
 
  Son œuvre - Un génie entré dans l'immortalité
 

La production industrielle des orgues de Monsieur Cavaillé-Coll est estimable à hauteur de quelque cinq cents instruments de tous les genres qui sont l'Œuvre admirée tant en France qu'à l'Etranger. La liste en est connue. Mais c'est aussi l'œuvre de ses compagnons et chefs d'ateliers bien recrutés : les Neuburger, les Veerkamp ... ou des ouvriers de la première heure à Saint-Denis : les Sauvage, les Puig, les Parisot.


La gestion financière de Monsieur Cavaillé-Coll est de type familiale avec le moins possible d'actionnaires et surtout d'observateurs. C'est un navigateur en solitaire peu favorable au partage des responsabilités. Il recourt aux recettes provenant de placements et aux emprunts obtenus auprès d'amis comme le banquier Henri Place. Il négocie directement avec les Evêques par l'entremise de son beau-frère Hippolyte Blanc, fonctionnaire avisé et conseil de l'Administration des Cultes. Par la construction d'orgues de Salon (L'Orgue - cahiers et mémoires - Carolyn Shuster-Fournier - Les Orgues de Salon d'Aristide Cavaillé-Coll, Paris, 1997, n°57 - 58) il fertilise les relations sociales de prestige et recherche une clientèle de luxe

 

" Vous êtes un grand artiste et un honnête homme, mais un bien pauvre homme d'affaires et dans ce bas monde, mon pauvre cher Maître, maintenant plus que jamais, il faut ne rien faire sans qu'il s'ensuive un bénéfice ". Ainsi s'adresse à lui, sans ambages, l'un de ses principaux protecteurs et sauveur, le comte Paul Chandon de Briailles, directeur de la Maison Moët & Chandon, à Epernay (1898) dans le moment de la déconfiture des orgues Cavaillé.


La Scie circulaire qu'il perfectionne (1834) est l'outil idéal qui ouvre des perspectives en lui permettant de débiter des petits bois, exotiques le plus souvent, employés dans la fabrication des instruments à anches libres très en vogue et qui chez lui se nomment Poïkilorgues (1832). Il s'appuie sur ses deux nouveautés pour séduire la capitale française qu'il gagne à la faveur d'un voyage initiatique dont les conséquences engagent toute sa vie.


La vogue des Expositions de l'Industrie le porte en 1839 à faire entendre sous les doigts de l'organiste Lefébure-Wély un instrument confectionné avec une soufflerie à diverses pressions qui alimente un sommier à double-laye et qui enchante son ami le Chevalier Sigismond Neukomm à l'église des Billettes à Paris - l'un des mieux introduits auprès de Louis-Philippe - et que signe la Société en nom collectif composée du Père et de la Mère et des deux Fils. La " Famille ou Tribu Cavaillé-Coll " entre sur la scène publique dans une compétition de plus en plus âpre !


L'invention de Monsieur Barker - employée bien à propos - sauve Messieurs Cavaillé-Coll d'une difficulté technique, en 1840, aux orgues de Saint-Denis.


Fervent dans sa volonté d'apporter des perfectionnements à la machine orgue, Aristide Cavaillé-Coll est consacré par le comité des arts mécaniques de la Société d'Encouragement à maintes reprises pour ses travaux et à partir de 1834 notamment sur les tuyaux sonores et sur la détermination du diapason, comme sur d'autres découvertes. Sous l'angle de la partie sonore deux périodes sont à considérer: des origines à 1860 et le dernier tiers de son existence où la recherche scientifique, acoustique, technique toujours présente ne désempare point. Il perfectionne à son tour le levier pneumatique de Monsieur Barker et invente un systême de tirage de jeux ou moteurs pneumatiques et en dote l'orgue monumental de Saint-Sulpice qu'il voit comme le trait d'union entre l'art ancien et l'art nouveau.

" La reconstitution de l'orgue de Saint-Sulpice a été pour cet habile artiste l'occasion de réunir dans un ensemble monumental tous les perfectionnements dont il a doté la facture moderne " - " M. Cavaillé-Coll s'est demandé s'il convenait que la première cathédrale de France par ses souvenirs religieux et nationaux possédât un orgue inférieur à celui d'une église voisine ; Inspiré par son amour de l'art, fasciné par la majesté architecturale de Notre-Dame, enhardi par la merveilleuse restauration qui vient de la rajeunir, il a voulu en compléter l'harmonie par une œuvre monumentale ". (Grand Orgue de l'église métropolitaine Notre-Dame de Paris, Plon, 1868)


Sa femme Adèle Blanc connaît cette consécration à laquelle elle participe en épouse dévouée, mais décède en octobre 1868. La Guerre de 1870 ralentit son activité sauf celle sa pensée bouillonnante.


A l'Exposition Universelle de 1878 il présente un orgue monumental au Palais du Trocadéro. S'y font entendre à partir du 25 juillet les meilleurs organistes dans une série de quatorze concerts.

" Les organistes les plus aimés ont rivalisé de talent et montré ce qu'un admirable instrument met de puissance aux mains de l'artiste qui sait utiliser ses incomparables ressources ".


Guilmant, Lemmens, Saint-Saens, Widor, Franck et d'autres posent devant le grand instrument pour la postérité. Le " Patron " de la nouvelle Manufacture avenue du Maine, Monsieur Cavaillé-Coll, est au firmament de sa gloire et l'art étranger s'est lancé à sa suite dans la voie des améliorations et des perfectionnements.


Les vingt dernières années de son existence confirment par la création d'instruments majestueux un style abouti. En 1875 avec l'orgue pour le Palais de l'Industrie à Amsterdam sur les dessins de son ami l'architecte Simil. En 1880, pour l'église St Jean-St François à Lyon, paroisse du père de Charles-Marie Widor. En 1882 c'est la Normandie qui bénéficie d'un chef d'œuvre à l'abbaye aux Hommes à Caen.


En avril 1889, Monsieur Cavaillé-Coll, se rend à Saint-Sernin à Toulouse et assiste à l'inauguration du grand orgue par Alexandre Guilmant.


Enfin en 1890, en l'église Saint-Ouen à Rouen, Aristide Cavaillé-Coll donne tous ses feux et dompte ce " vrai gouffre à remplir " en lui donnant des souffleries puissantes et en lui appliquant partiellement une innovation d'un autre genre que l'emploi de l'action électrique chère à son fils Gabriel, le systême tubulaire.


Il cède sa Maison à Charles Mutin. Le vieux Cavaillé-Coll redevient le paroissien de Saint-Sulpice qu'il ne quitte plus jusqu'au dernier jour.


TOUT s'achève ici...ou plutôt TOUT commence ici, à cet instant ! Vendredi matin, 13 octobre 1899 Cécile Cavaillé-Coll prend sa plume et écrit à Charles Mutin :

 

" Mon père est mort ce matin à 9 heures, sans agonie, aussi doucement que possible. J'ai tenu à vous en avertir un des premiers et vous prie de faire part autour de vous, à tous ceux qui lui ont été dévoués et pour lesquels il garde tant d'affection. Recevez, je vous prie, mes souvenirs bien affligés ".



Le journal " l'Illustration " fait l'éloge du disparu.

" Aristide CAVAILLE-COLL, une des gloires de l'Industrie française vient de disparaître. C'est à lui seul que l'on doit les immenses progrès réalisés depuis plus de soixante ans dans la fabrication des magnifiques et puissants instruments que le monde entier se disputait, et parmi lesquels nous citerons seulement les orgues de Saint-Sulpice, les plus complètes de toutes, peut-être celles de La Madeleine, de Notre-Dame, de la Trinité, et d'ailleurs de la plupart des églises de Paris ".


Charles MUTIN a fait rachat de la Manufacture le 18 juin 1898. C'est à lui que revient de rendre hommage au défunt, le 16 octobre 1899, sur la tombe, au cimetière Montparnasse (18e division - 1ère section - 1ère ligne Nord - n°27, Est) devant les amis et les ouvriers rassemblés.

" Le Patron ...ce nom, en désignant M. Cavaillé-Coll, n'avait rien de l'appellation familière que des employés donnent au chef d'une maison ; il voulait dire quelque chose de plus, de plus affectueux aussi. Cavaillé-Coll fut le chef et le protecteur de la facture d'orgues tout entière ; lui seul, et pas d'autres, éleva son métier à la hauteur d'une science et d'un Art, et grâce à son génie l'Orgue est devenu l'instrument merveilleux que nous possédons aujourd'hui. ".

" Et maintenant, Maître, dormez doucement de votre dernier sommeil, votre nom et votre souvenir pieusement conservés... Les œuvres qui chantent pour vous suffisent à votre entrée dans l'immortalité !

 
Tombe
Montparnasse -Paris
   
  Sources : http://www.culture.gouv.fr/ Mise en ligne le 28 Novembre, 2013