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Aristide Cavaillé-Coll
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 Aristide Cavaillé Coll
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et sa jeunesse
  Sa personnalité
  Son œuvre
 
A. Cavaillé-Coll 
à son bureau
 
A. Cavaillé-Coll en 1855
 
  Sa personnalité - La famille au cœur de tout
 

Parler de la personnalité de l'homme et de la vie privée de Monsieur Cavaillé-Coll revient à ne pas dissocier les aspects de son existence professionnelle jalonnée de succès et d'épreuves, et celle de son intimité de chef de famille. Cécile Cavaillé-Coll raconte :

" C'est dans le cabinet de travail de l'Avenue du Maine, que nous le revoyons, en pensée, comme dans son véritable cadre. Assis dans son fauteuil de laque ancienne, devant la grande table qui lui servait de bureau, coiffé de la toque de velours noir dont il avait lui-même étudié la fore, il faisait songer à quelque portrait d'Holbein. Autour de lui, rien qui n'évoquât un souvenir : Ici, le Poïkilorgue, l'invention de ses 20 ans, objet de la visite de Rossini aux ateliers de Toulouse, en 1832 ; cause déterminable de sa carrière ". Qui pourrait oublier ces réunions intimes, pleines de charme, d'abandon, de saine gaîté, illuminées par le prestige du Maître Saint-Saëns ? Cavaillé rencontrait encore l'élite artistique du monde entier. Sans être, certes, compositeur, ni même exécutant, il savait écouter et comprendre. Ses dons naturels, sa curieuse mémoire, une délicatesse extrême de l'ouïe, suppléaient, chez lui, à la plus sévère éducation musicale ". (par Cécile Cavaillé-Coll pages 142-144).

Des liens étroits et complices unissent Aristide à son père Dominique ; à son frère Vincent, l'artiste qui est source de préoccupations pour les deux. La notion de Famille préside à tout. Une collusion d'événements savamment entretenue les portent à concourir pour la construction d'un grand orgue pour l'église royale de St Denis en 1833. Quelle orgueilleuse témérité de surgir ainsi de la province pour conquérir Paris et se placer le premier d'une liste. Cette volonté entreprenante est la caractéristique des grandes destinées.


Les mariages sont sources de consolidation des liens amicaux et sociaux. L'ancienne église de La Trinité, le 3 février 1854 l'entend prononcer sa fidélité à l'Eglise et à son épouse Mademoiselle Adèle Blanc. Un mariage d'amour et un mariage d'affaires avec un clin d'oeil pour Marseille.


Cécile, Emmanuel et Gabriel, les trois enfants survivants du couple côtoient les artistes de toutes les disciplines, les scientifiques, les architectes, les dessinateurs et les peintres. Puis les Officiels et les représentants des Corps de l'Etat ; ceux du Clergé etc. de considérables appuis et des relations.


Mais son cœur de père connaît la tristesse. Il connaît aussi la détresse par les morts en bas âge de Pierre et d'Isabelle et par la tragique disparition de son fils Joseph.

 

Dès ses premiers chantiers, Aristide Cavaillé-Coll a retenu la leçon que l'Art ne paye qu'à la condition qu'il flatte, et flatte surtout les hommes de Pouvoir. C'est sans doute l'une des clés de sa réussite que lui offre dans sa capacité de séduction la " machine orgue ". Par ses aspects mystérieux, fantastiques et ingénieux elle excite la curiosité. Jules Verne, Gustave Eiffel ne sont pas loin et plus proche encore, Victor Hugo. En 1853, en l'église Sainte-Geneviève à Paris que Napoléon III vient de confier à l'exercice du Culte pour manifester ce mariage de raison entre l'Etat et l'Empire, Aristide Cavaillé-Coll réalise un orgue de choeur et offre aussitôt ses services au Gouvernement pour la construction d'un grand orgue. Ce petit instrument à la destinée curieuse sonne aux obsèques de Victor-Hugo " qui entre au Panthéon " en 1885. L'instrument est déposé en la chapelle du Val de Grâce rejeté par le Temple dédié à la Mémoire des Grands Hommes qui n'a pas su le conserver tout simple instrument de Musique tel quel et neutre, comme à l'origine de son existence pour exalter les foules et exciter les passions.


Grâce à son mariage, Aristide Cavaillé-Coll accède tout droit à l'instruction des dossiers administratifs préparés par son beau-frère Hippolyte Blanc à l'Administration des Cultes. Celui-ci en fait le prestataire privilégié du gouvernement. La commande immédiate pour la construction d'un grand orgue en la cathédrale St Jean à Perpignan préparée deux jours auparavant atteste de cette heureuse complicité des choses " initiées " d'en Haut !

Ironie du sort ou forte imprégnation de la tutelle paternelle de Dominique, mort en 1862, le Cavaillé Fils est enfin le Chef à cet instant. En 1856 la constitution de la Société en Commandite par actions " A.Cavaillé-Coll Fils & Cie " vient attester de cette dépendance et de ce respect soumis. Dans ses veines coule le sang espagnol de sa mère Maria-Francesca Coll et celui d'un Père à l'autorité toute militaire. La Famille et son conseil forment un bloc impénétrable. C'est cette alliance qui fait la force de la Société du XIXe siècle. Héritier d'un esprit de négoce transmis par sa chère belle-famille, Aristide Cavaillé-Coll s'adresse à sa clientèle en artiste et en homme d'affaires. Il saisit l'occasion d'affirmer sa volonté dans une recherche de qualité de l'oeuvre et aussi dans celle, si légitime, de développer l'Entreprise familiale pourtant adulée mais aussi endettée. Nombreux marchés s'accompagnent "d'augmentations " qui prennent la forme d'avenants à la surprise des payeurs. La déontologie est sauve.


Aristide Cavaillé-Coll est bien un " Patron " qui obéit aux lois du marché dans la mutation industrielle, économique et sociale des grands enjeux du XIXe siècle. Son caractère et son tempérament sont ceux de son Père qu'il inflige à son fils Gabriel désireux de voler de ses propres ailes. Le Père brise le fils et se refuse à comprendre son message de modernité. Par cette éviction, le Patron ne saisit point ce dernier espoir. La Maison est encore tout imprégnée de la forte autorité paternelle qu'il a naguère connue et acceptée; valeur sûre synonyme de réussite mais acteur d'une fin brutale, toute nette.

L'heure vient de l'hommage rendu :

" Il honora l'art, car le seul but, la constante préoccupation de sa vie fut la réalisation de l'idéal et de la perfection. L'orgue était pour lui l'instrument au service de Dieu et il voulait qu'il fût digne du Dieu qu'il servait. Il honora la science, car c'est à lui qu'on doit les plus grands perfectionnements dans une industrie si compliquée et si difficile ". (Le Monde Musical, 30/10/1899)

" Cavaillé-Coll ! quel nom français aimé et respecté, que celui-là ! Ce nom, synonyme d'art parfait, de science consommée, de génie créateur, de bonté, de désintéressement et de modestie, honorera dans les siècles, notre cher pays, au même titre que celui de Stradivarius honore l'Italie. " ( extrait du discours de Gustave Lyon, président de la Chambre Syndicale ).

   
  Sources : http://www.culture.gouv.fr/ Mise en ligne le 28 Novembre, 2013