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La manufacture Puget
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  Le contexte - Au tout premier plan !
 

Au début du 19ème siècle, les églises et cathédrales françaises sont un vaste chantier pour les facteurs d’orgues. Il faut remplacer les nombreux instruments détruits par la tourmente révolutionnaire, alors que dans le même temps les survivants ne sont plus que les pauvres jumeaux à clavier de l’orchestre classique mourant.


Quelques années plus tard, on se souviendra, ébahis, de l’orchestre rêvé par Hector Berlioz dans son Grand Traité d’Instrumentation et d’Orchestration Modernes (1843/4 puis 1855) : 467 musiciens (dont 30 pianos, 30 harpes et un grand orgue !) complétés par 360 choristes :

"Dans les mille combinaisons praticables avec l'orchestre monumental que nous venons de décrire, résideraient une richesse harmonique, une variété de timbres, une succession de contrastes qu'on ne peut comparer à rien de ce qui a été fait dans l'art jusqu'à ce jour, et par-dessus tout, une incalculable puissance mélodique, expressive et rythmique, une force pénétrante à nulle autre pareille, une sensibilité prodigieuse pour les nuances d'ensemble et de détail. Son repos serait majestueux comme le sommeil de l'océan ; ses agitations rappelleraient l'ouragan des tropiques, ses explosions, les cris des volcans ;

 

on y retrouverait les plaintes, les murmures, les bruits mystérieux des forêts vierges, les clameurs, les prières, les chants de triomphe ou de deuil d'un peuple à l'âme expansive, au cœur ardent, aux fougueuses passions ; son silence imposerait la crainte par sa solennité ; et les organisations les plus rebelles frémiraient à voir son crescendo grandir en rugissant, comme un immense et sublime incendie !..."  (Traité, [2e éd.], p. 297. [Éd. Henry Lemoine])

 

L’orchestre devient symphonique, l’orgue le deviendra aussi, et nulle autre description que celle qui précède ne saurait mieux décrire le nouvel instrument !


Dans le même temps, la France est en pleine révolution industrielle, et l’orgue devient un véritable laboratoire de recherches. Les facteurs d’orgues vont s’ingénier à supprimer tout ce qui pouvait être, à leurs yeux, un obstacle à la liberté d’exécution de l’organiste : la dureté du mécanisme et le manque de vent qui le rendent inconfortable pour l’interprète et en restreignent la taille et limitent sa puissance, mais aussi l’impossibilité d’effectuer des nuances, l’absence d’une expression propre à dire tous les sentiments, à exprimer toutes les passions...

La résolution de qui passait alors pour des défauts engendrera une course à la monumentalité : dès 1862, Aristide Cavaillé-Coll livre en l’église Saint-Sulpice à Paris l’un des plus grands instruments du monde : 5 claviers, 100 jeux !

Le temps du modeste facteur itinérant dont l’atelier se déplace de chantier en chantier est révolu. De nombreuses manufactures, d’une ampleur jamais atteinte auparavant, voient alors le jour. Parmi celles-ci, celle d’Aristide Cavaillé-Coll à Paris s’imposera comme la plus importante (près de 700 instruments construits, restaurés, remaniés en France et dans 29 pays du monde). L’histoire de l’orgue en France au 19ème siècle et dans les premières décennies du 20ème se confondra trop souvent avec son nom ; pourtant, de nombreux autres facteurs, à Paris et en province, contribueront à enrichir significativement notre patrimoine organistique.

La Manufacture d’orgues Théodore Puget, père & fils, installée à Toulouse, se hissera ainsi au tout premier plan, aux côtés de celles d’Aristide Cavaillé-Coll et de Joseph Merklin à Paris, et de Louis Debierre à Nantes. Les Puget construiront près de 350 orgues neufs et interviendront sur un total de 742 instruments, dans d’innombrables cathédrales, églises, communautés religieuses, mais aussi théâtres, conservatoires, cinémas et salons.

   
    Mise en ligne le 28 Novembre, 2013