Les Grandes Orgues > La manufacture Puget > La dynastie
 
La manufacture Puget
aller plus loin
 Manufacture Puget
  Le contexte
  La dynastie
  L'instrument
 
 
  La dynastie - Une renommé internationale
 

L’histoire de la famille Puget est celle d’une petite entreprise familiale qui passe, au siècle de l’entrée dans l’ère industrielle, d’une structure artisanale au stade d’une grande manufacture d’envergure nationale, dont la renommée franchira les frontières de l’Hexagone. A l’origine de cette belle et peu banale aventure de près de 120 ans (ca. 1840 – 1960), il y a l’intuition, le travail et la persévérance de son fondateur : Théodore Puget.

Théodore Puget (Montréal d’Aude, 1799 – Toulouse, 1883)

En 1799, alors que la dynastie Cavaillé était encore loin de s’imaginer propulsée au devant de la scène organistique européenne, naissait Théodore Puget. Fils de François Puget, professeur de musique, ce jeune audois, autodidacte et curieux de tout, est d’abord un musicien. Il apprend le violon, puis l’orgue auprès de l’organiste de Saint-Félix de Lauragais auquel il succèdera. On le retrouvera ensuite à Fanjeaux où il exerce les professions d’organiste et… d’horloger ! Ce n’est qu’après 1835 qu’il s’établira à Toulouse, où il fut tout d’abord représentant, avec un certain Jean Foch, de la manufacture d’orgues Milacor de l’abbé François Larroque, dont le siège était à Paris.

Vers 1840, il fonde à Toulouse l’entreprise Puget & Fils. Celle-ci fut chargée notamment de la construction des orgues de l’église d’Aubagne (1842), du couvent de la Visitation à Marseille (1845), des révérends pères Carmes de Carcassonne (1851) et de Montpellier (1855). Très vite, l’atelier familial acquit une grande notoriété et fut chargé des relevages ou de la reconstruction des grandes orgues de plusieurs cathédrales du Midi de la France : Narbonne (1858), Alès (1862), Nîmes et Perpignan (1863), et Béziers (1870).

 

L’entreprise Puget & Fils, puis Puget Père & Fils, deviendra en 1866 Manufacture d’Orgues Théodore PUGET père et fils. Théodore y associera à divers titres l’ensemble de ses enfants, y compris ses deux filles. En 1877, âgé, il se retire et confie les rênes de l’entreprise à son fils Eugène. Il rédige son testament le 15 septembre 1880 et meurt le samedi 31 mars 1883 à 9 heures du matin.

Durant toute sa période d’activité, il continuera à exercer son métier d’organiste à Saint-Exupère de Toulouse, à Seysses, ou en remplaçant tel ou tel de ses collègues toulousains ou des environs.

Parmi la centaine d’instruments construits ou relevés sous sa direction, on citera les orgues remarquables des cathédrales d’Alès (1862), Nîmes (1863), Béziers (1870), des églises d’Aubagne (1842), des R.P. Carmes de Carcassonne (1851) aujourd’hui dans l’église Saint-Michel de Lagrasse, Saint-François de Lavaur (1866) et Saint-Vincent de Carcassonne (1875).

Nous ne savons pas en quelle année il épouse Louise-Anne Mossel qui lui donnera neuf enfants : François, Marie, Baptiste, Olivier, Joséphine, Maurice, Eugène, Ernest et Jean-Baptiste.

   
 

Eugène Puget (Lagrasse, 1838 – Lavelanet, 1892)

Eugène fut sans doute l’un des plus talentueux des enfants de Théodore Puget. Destiné à une carrière musicale entamée par de brillantes études au Conservatoire de Toulouse, il rejoint l’atelier familial après le décès brutal de son frère François, plus particulièrement chargé de l’harmonisation des instruments.

Doué d’un esprit vif et d’une grande habileté manuelle, il devint lui aussi un harmoniste de grande valeur. Grâce à sa culture musicale et artistique, soutenue par une inlassable persévérance dans le travail et l’amour enthousiaste de sa profession, il laissera l’entreprise familiale en pleine prospérité et avec une très solide réputation.

L’orgue qu’il livra en 1880 dans l’église Notre-Dame du Taur à Toulouse devint l’archétype de ses réalisations. Cet instrument apparut alors comme le plus novateur et le plus riche des orgues de Toulouse mais aussi de tout le Sud de la France. Aucun autre instrument, pas même ceux de Cavaillé-Coll, n’y atteignait un tel degré de perfection en termes de mécanisme, de maniabilité, de raffinement dans la facture. Sur le plan de la sonorité, Eugène rompait également avec une certaine tradition, l’harmonie est généreuse et puissante, les timbres de détail raffinés, les flûtes d’un velouté qui restera l’une des marques de fabrique de la Maison.

 

Ce prototype sera ensuite décliné en plusieurs exemplaires, chaque fois renouvelés et adaptés en fonction des caractéristiques du lieu auquel il est destiné. Suivront ainsi les instruments de Saint-Fulcran à Lodève (1883), Saint-Vincent de Montréal (1884), Saint-Amans de Rodez (1885), Notre-Dame des Tables à Montpellier (1886), Saint-Aphrodise à Béziers (1887), et enfin l’orgue de Notre-Dame de la Dalbade à Toulouse (1888). Ce dernier fut la plus grande réalisation d’Eugène et  restera, avec celui du Taur, l’un des instruments chéris de la famille.

Tout comme son père, il continuera à exercer, sa vie durant, une activité d’organiste, remplaçant les organistes toulousains ou des environs et allant jusqu’à imiter leur style. Parfois, il assurera lui-même le concert d’inauguration de travaux effectués par la Maison. 

À sa mort, le célèbre organiste Alexandre Guilmant écrira à Jean-Baptiste Puget : "J’ai appris avec chagrin la mort de votre frère dont je conserve un excellent souvenir, car il était artiste."

   
 

Jean-Baptiste Puget (Toulouse, 1849 – 1940)

Son frère cadet et successeur, ne porta jamais son véritable prénom et se fit toujours appeler Théodore, y compris par son propre père. Doué pour le dessin, il était chargé du dessin des buffets et des plans. Contrairement à son père et à son frère Eugène, il n’était pas musicien et n’exerça jamais les fonctions d’harmoniste.

Avec le soutien du Docteur Gabriel Bédart, professeur à la faculté de médecine puis de Lille et passionné d’orgue, il se fit le promoteur d’un nouveau système de transmission abolissant toute résistance mécanique sous les doigts de l’organiste, et propulsa la manufacture toulousaine sur la scène nationale et internationale. Sa riche correspondance avec les chercheurs, scientifiques et confrères français et étrangers témoignent de son intérêt pour l’innovation technologique, qu’il placera au cœur de ses préoccupations lors de son mandat à la tête de l’entreprise.

En 1895, il reconstruit les trois orgues Cavaillé-Coll de l’Institution Nationale des Jeunes Aveugles à Paris ; en 1900 il réalise l’orgue du conservatoire de Lille, puis, en 1904, il reconstruit celui de la cathédrale Sainte-Cécile d’Albi, 4 claviers dont 3 expressifs et 74 jeux. Harmonisé par son fils Maurice, cet instrument unanimement admiré, le chef-d’œuvre de la Maison, fut le 3ème orgue de France après les orgues Cavaillé-Coll de Saint-Sulpice et de Notre-Dame à Paris.

 

La réputation grandissante des Puget valut à l’atelier toulousain de nombreuses commandes d’orgues de salon, du modeste instrument de quelques jeux aux orgues monumentaux de la résidence parisienne du toulousain Georges Pauilhac (1912) et de Monsieur Lauth, brasseur à Carcassonne (1917). Ceux-ci comportaient tous les derniers perfectionnements de la facture moderne, y compris des instruments à percussion et un dispositif à cartons perforés pour faire jouer l’orgue sans le secours d’un organiste ! Signalons enfin les deux instruments hors normes construits pour le Théâtre des Champs-Elysées à Paris (1913) et pour le cinéma Le Royal à Toulouse (1921).

Jean-Baptiste Puget épousa Zélie-Augustine Raynaud qui lui donna trois enfants : Maurice, Louis et Germaine.

   
 

Maurice Puget (Toulouse, 1884 – 1960)

Maurice, comme son oncle Eugène, fréquenta les bancs du Conservatoire de Toulouse. Il y a travaillé le piano et l’orgue avec Magner et Georges Debat-Ponsan, en même temps qu’il se perfectionnait dans l’art délicat de la construction des orgues. Il complètera son éducation musicale à Paris, deux années durant, auprès d’Adolphe Marty, Professeur d’orgue et de composition à l’Institut National des Jeunes Aveugles et amis des Puget.

Revenu à Toulouse reprendre sa place dans les ateliers de son père, il fut mobilisé durant la première guerre mondiale. Il participa à la mise au point du Paraboloïde de René Baillaud, sorte de précurseur du radar, et reçut la Croix de Guerre. Il succéda à son père dès 1922.

 

Longtemps conspué pour l’emploi de matériaux de piètre qualité à une période où tout faisait défaut, il fut également victime de la concurrence d’une firme renommée qui jouissait du soutien quasi exclusif des décideurs du moment. Il n’en reste pas moins un remarquable harmoniste qui sut également respecter les instruments sur lesquels il eut à intervenir, ce qui permit bien plus tard des reconstitutions historiques (ou prétendues telles…) qui n’auraient pas été possibles sans une telle probité.

Dans ses instruments, il sut réaliser une habile et originale synthèse de la tradition symphonique, héritée de ses ascendants, et d’une tradition relevant des instruments des 17ème et 18ème siècles. Maurice Puget fut ainsi l’un des pères fondateurs de l’orgue néoclassique français, au sens le plus noble du terme.

Parmi ses réalisations majeures, on peut citer l’orgue de la basilique St-Just de Narbonne (1927), la très belle reconstruction du grand orgue de la cathédrale de Perpignan (1929), ou celle plus avant-gardiste de la cathédrale de Monaco (1953). Plus près de nous, les orgues de Saint-Salvy à Albi (1931) et de Saint-Jérôme à Toulouse (1936) restent parmi les derniers témoins de son Art.

Marié à Elia-Jane Desmons le 23 octobre 1912, ils eurent un fils, Jean, né à Toulouse en 1922, qui exerça la profession de pharmacien. Maurice Puget fut ainsi le dernier directeur de la manufacture qui s’éteint avec lui le 17 août 1960.

   
    Mise en ligne le 28 Novembre, 2013